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1928

L'histoire de Brest
par
Ollivier Lodel

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1754 - 1756

 

 

Source : la Dépêche de Brest 10 décembre 1928

 

Depuis sa création, la municipalité de Brest était obligée de tenir ses assemblées dans une maison particulière.

 

C'est en 1681, dans une chambre, rue de la Rive, sur l'ancien quai Tourville ;

puis pendant trente ans, dans une chambre de l'appartement du maire en exercice.

 

Et, comme en 1724, quand le maire habite Recouvrance, ce ne sont que récriminations des échevins et des conseillers, obligés de passer la Penfeld, pour assister aux réunions.

 

À partir de 1726, la communauté loue 200 livres par an le premier étage d'une maison sur le quai de Brest,

« vis-à-vis la Pompe », comprenant :

deux grandes chambres, un cabinet, une cuisine et un caveau.

 

Le besoin d'avoir un hôtel de ville, tant pour y tenir séance que pour y loger les hôtes de la communauté, se faisait de plus en plus sentir.

 

Et nous l'avons vu, la municipalité aurait bien voulu acquérir en 1750 l'hôtel Saint-Pierre pour 36.000 livres, mais son propriétaire, le marquis de Crèvecoeur, préféra les offres de la marine.

 

Une nouvelle occasion se présenta en 1756, et il ne fallait plus alors tergiverser, car le maire venait d'être avisé d'avoir à loger tout l'hiver M. de Balleroy, brigadier et colonel du régiment d'Orléans, qui ne voulait plus, en raison de son humidité, de la maison Grivart, sur le Pont-de-terre, la seule disponible.

 

L'hôtel de Chapizeau (la mairie actuelle) se trouvait « vide par la mort de M. Chapizeau, vivant, commissaire de la marine », et les héritiers du défunt étaient disposés à le vendre.

 

Le corps municipal décida d'aller visiter l'hôtel.

Celui-ci fut trouvé « propre et convenable pour servir d'hôtel de ville et de logement à MM. les officiers généraux et autres seigneurs auxquels la communauté est obligée d'en fournir. »

 

C'était bien, à cette époque, l'une des plus belles maisons de Brest :

Deux étages, de sept pièces chacun, avec mansardes et greniers ;

une cour close, avec remise et écurie et grande porte cochère sur la rue des Jésuites ;

derrière, deux jardins, un parterre et un potager, donnant sur la rue du Cimetière (rue Algésiras).

 

Le 12 septembre 1757, la communauté prenait possession de l'hôtel Chapizeau, moyennant paiement de 26.000 livres et faisait placer au-dessus de la porte cochère « un tableau aux armes de la ville, qui sont my partie France et Bretagne, au bas duquel est écrit en gros caractères moulés :

HÔTEL DE VILLE ET DE POLICE ».

 

C'est pendant l'administration de M. Debon, en 1755, que fut établie la « Poste aux chevaux »,

à l'auberge de « la Tête Noire », qui se trouvait à l'encoignure de la rue Frézier et de la place Saint-Louis.

 

La même année, le « Grand-Chemin » (aujourd'hui rue Jean Jaurès) est livré à la circulation et remplace l'ancien

« Vieux Chemin », devenu la rue Branda.

 

Enfin, s'accomplit un acte convoité depuis longtemps, pour favoriser l'embarquement et le déchargement des marchandises au port de commerce :

La démolition du vieux magasin de la marine, construit sous François 1er et des autres maisons bordant le quai Tourville.

Jean-Baptiste de Machault d'Arnouville

 

Les travaux du port se poursuivent sous l'habile direction de M. Choquet de Lindu.

 

On construit la contrescarpe de la batterie Royale et on termine les trois formes de Pontaniou.

 

Suivant les ordres du ministre, M. de Machault, le port de Brest doit rassembler des approvisionnements de mâtures pouvant faire face aux besoins de trente ans.

L'anse de Penfeld ne pouvait les contenir tous et une partie furent immergés dans l'anse de Kerhuon, louée 60 livres par an à son propriétaire, M. de Mervé.

 

Tous les ans, le premier dimanche de mai, la milice bourgeoise prenait les armes et était passée en revue par le commandant de la place, devant lequel elle renouvelait le serment de fidélité au roi.

 

Les troupes se rassemblaient sur le glacis du Château, et « tambours battants, drapeaux déployés », le maire, colonel de la milice, prenait la tête d'un détachement de deux compagnies, précédé du héraut portant sur sa hallebarde,

la « guirlande » ou « chapeau de fleurs », garnie de six oranges.

 

Il se rendait au Château, où, entre les deux portes, il rencontrait le commandant et l'état-major de la place.

 

Après avoir salué de l'esponton, le colonel priait le gouverneur de recevoir la parfaite soumission des habitants aux ordres du roi et l'invitait à assister à la plantation du mât, au haut duquel la « guirlande » était hissée.

 

Le défilé de la milice clôturait cette fête annuelle, très goûtée de la population.

C'était la « Plantation du Mai ».

 

Mais elle était presque chaque année la cause de fâcheux accidents, car malgré les ordres très sévères pour que personne ne montât avant que le mât ne fût en place, Brestois et jeunes matelots se précipitaient

pour « emporter de belle guerre » fleurs et oranges et il en résultait des chutes parfois très graves.

 

La municipalité décide en 1756 de supprimer cette cérémonie, fondée à sa connaissance sur aucun titre.

Et pour la remplacer, elle demande le rétablissement du papegault, que lui avait concédé Henri II, dès 1549 et dont elle avait été déchue vingt ans plus tard, faute de n'avoir pu produire à la Chambre des Comptes, les titres de ce privilège.

Abatteur du papegault

 

Le papegault, ancien nom du perroquet, était un petit oiseau de fer blanc, placé au haut d'une perche, et servant de cible à ceux qui s'exerçaient à tirer de l'arc et de l'arquebuse.

 

Le vainqueur du tir annuel était proclamé « roi de l'arquebuse ».

Il jouissait de certains privilèges, entre autres de l'exonération des droits d'octroi de 40 tonneaux de vin, qu'il pouvait débiter à Brest et Recouvrance.

 

Ce divertissement, imaginé dans le but de former de bons tireurs, avait été vainement réclamé par la communauté, en 1687.

 

Elle revient à la charge en 1756, « voulant concourir aux mesures que prennent la marine et la guerre pour repousser une invasion anglaise ».

 

« Le papegault, expose-t-elle à l'Intendant, est indispensable à Brest, seule ville de la province où il n'en existe pas, ce qui est cause que la milice y est moins exercée que partout ailleurs au maniement des armes. »

 

Cette demande ne fut pas plus accueillie que celle d'une allocation de 600 livres pour achat de poudre et de balles, et la ville de Brest resta, à tout jamais, privée de son papegault.

 

(À suivre).

 

Ollivier LODEL.

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